Chaque vie est le regret d'une autre

Mardi, février 2 2010, 14:43, Par Francky

            Cha­que vie est le regret d’une autre, pleine d’illu­sions et de mélan­co­lie, pleine d’espé­rance pour un amour qui ne vien­dra pas.

            La peine capi­tale. Voilà la sen­tence pro­non­cée par le pro­cès de la vie. Et pou­vons-nous ima­gi­ner être heu­reux un jour, s’ima­gi­ner seu­le­ment ce qu’est la Lumière, si cette pen­sée reste gra­vée sur notre front ad vitam aeter­nam ?

            Que je loue le sei­gneur pour sa clé­mence ! Qu’eussé-je pu con­tre ma des­ti­née, qu’eussé-je pu ten­ter pour me libé­rer, ne fût-ce que pour le sur­sis des heu­res, des jours, des mois, et des années, s’il ne m’avait donné la can­deur et l’amour !

            Or vivre me détruit, vivre m’ancre dans ma vie, vivre me retire la can­deur, et m’ôte l’amour, si bien que je me lan­guis de les retrou­ver ailleurs, dans un autre Moi. Vivre me tue. Oui, plus je vis et plus les secon­des pas­sent vite, dans la pla­ti­tude, dans la tur­pi­tude, dans la décré­pi­tude… J’ai lu un jour : « Omnia vul­ne­rant, ultima nocet. » Tou­tes bles­sent, la der­nière tue. Est-il quel­que vérité plus impla­ca­ble que celle-ci !

            Que l’on me rende l’amour… Que l’on me rende la can­deur que ce monde de souf­france m’a ôtée, que l’on me rende à l’igno­rance et à l’Eden, que l’on me donne d’oublier le poids des secon­des, d’oublier mon des­tin, d’oublier mon passé, que l’on me donne de vivre heu­reux comme on vit dans un rêve !

            Cra­chons un bon coup. Je suis sûr que cela va un peu mieux. Je suis sûr pour­tant qu’au fond de vous il reste un peu de cette souf­france qui, comme un rai­sin don­nera du vin, don­nera à votre cœur son ultime nécrose, celle de la défaite, celle d’une défaite telle que vous rêve­rez de ven­geance et non plus d’amour. Vous venez de faire le pre­mier pas vers votre fin. Et vous vous dites que vous n’aviez pas le choix, et que vous êtes encore l’inno­cent que l’on a mani­pulé. Vous avez rai­son : le monde a des rocs et des crocs qui ont rai­son de tout.

            L’amour seul peut sau­ver. Lui seul peut nous faire oublier notre con­di­tion humaine… Mou­rons de nos sen­ti­ments, mou­rons pour eux, car ce sont eux qui nous font vivre, plu­tôt que de vivre le cœur plat, sans pas­sion et sans heurt, dans l’hypo­thé­ti­que espé­rance d’un petit pro­lon­ge­ment, car c’est le temps, le temps vide et plat, le temps long et court à la fois, le temps qui court tou­jours plus vite qui vous rat­trape pour vous assas­si­ner…

            Ne som­mes-nous pas ainsi fait que lorsqu’un oiseau chante, qu’un arbre laisse tom­ber une feuille, qu’une fleur s’émer­veille au milieu d’un champ, que les cieux esquis­sent un sou­rire céru­léen, nous ser­rons nos mains l’une dans l’autre, et nous nous lais­sons sur­pren­dre dans un autre royaume que celui où nos yeux lacry­maux s’embour­bent, en ten­tant de l’attein­dre ? Le doute me gagne.

            Ah ! Le monde est ainsi fait ! Le monde vous méprise ! Il vous accueille à bras ouvert ! Et dans ses bras un poi­gnard…

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