A la Mort
Tu dégueules le monde
Et tu cambres tes reins,
Dans l’onde rubiconde,
Les cieux restent sereins.
Tu vis dans l’illusion
Que t’apporte demain,
Ton âme est allusion
Toujours à l’inhumain.
Ton cœur est une éponge
Que le soleil assèche ;
Tu dépéris et songe :
« D’où me vient cette flèche ? »
Les mots sont sentiments,
Les sentiments sans mots…
Le mistral orpiment,
Le piment de tes maux…
Ce monde qui te presse
Veut te voler tes larmes !
Ce malheur qui t’oppresse
Veut te voler tes armes !
Ton cœur est nécrosé,
Le rouge devient noir,
Ton âme sclérosée
Se colle à l’entonnoir…
Comme un parfum de bière
Qui te colle à la peau,
Rythme du cimetière,
De ton âme, berceau !
A tes lèvres gercées,
La cigarette fume
Des nuages percés
Qui montent, se consument…
Tu as les yeux sanglants,
Tu vas prendre ta dose,
De ceux qu’on dit cinglants
Aux teints de couperose…
Tu vois naître l’enfer
Et se mourir l’oiseau
Dans ta prison de fer
Où casse le roseau.
La fenêtre est ouverte
Et tu prends ton envol,
Tu vois le monde inerte,
Tu te crois rossignol.
Tu rêves « liberté »
De tes bras aliformes ;
Tu saisis la clarté
De tes mains filiformes.
Et tandis que tu tombes
Vers le bitume amer,
Tu montes et surplombes
De ton ombre l’éther.
Tu vois la Mort en face,
Elle n’est pas si laide.
Son sourire est rapace
La main qu’elle tend t’aide.
Elle a les cheveux blonds
Et le teint délicat,
Et ses cris vagabonds
Apaisent tes tracas.
Le monde la méprise !
Cette diffamation
Provoque ta surprise
Et ton exclamation !
Tu la trouves jolie,
Tu l’aimes de plus belle.
Elle a l’œil ravioli
Et des airs de rebelle.
Voilà qu’elle t’aguiche,
Tu tombes sous sa coupe,
Vulgaire est le pastiche,
Mais terrible est sa croupe.
Tu voles un baiser
A sa bouche mutine
Un goût de liberté,
Et d’orgies endocrines !