Ô voile du rêve
J’ai depuis trop longtemps vogué, dans ce frimas,
Saisi de tes frissons je serrais ce bourras
Très fort, contre mon cœur.
J’ai vu trop d’alcyons, perdus sur cette rive,
De tendresse éplorée dans l’onde maladive,
Se mourir en soupirs.
Je ne te retiens plus, rêverie polyandre,
Je ne t’encombre plus de mon poids de Cassandre,
Ni de mes tristes pleurs.
Dès que mon œil sanglant te verra s’éloigner,
Voulant vers ton image advenir se soigner,
Pourra-t-il s’y blottir ?
Oui, j’ai tout délaissé, pour tes appâts de miel,
Je fus prêt à souffrir, à me perdre en ton ciel,
A te livrer ma vie.
Maintenant que les vents soufflent tes artimons,
Que ces mers de Cadix retiennent tes timons,
Laisse-moi m’assoupir.
Dans l’esquisse du temps s’estompe ton image,
Quand la mer lacrymale emporte ton ramage,
A l’aube de l’envie.
Ton mât cythéréen roule vers l’horizon,
Sur ces flots langoureux, qu’enlisent les saisons,
Piégé pour y croupir.