Lettre ouverte à Alphonse de Lamartine

Jeudi, novembre 19 2009, 21:56, Par Francky
Je croule sous ton poids, bon ou fatal génie,
Lors­que, lisant tes vers, j’en palpe l’har­mo­nie,
Comme on palpe un fruit pour voir s’il est bien mûr :
J’ai goûté ta gran­deur, main­te­nant j’en suis sûr.

    Je caresse tes pages sages,
      Le par­fum qu’exha­lent leurs flots,
      Le satin qu’offrent tes riva­ges,
      Quand on en atteint les échos ;
      La lune y casse ses œufs blancs,
      Dans les cieux sem­bla­bles aux bancs
      Sur les­quels on s’assoit le soir,
      Lors­que notre cœur, soli­taire,
      Mori­bond que tant vou­draient taire,
      Vient pro­me­ner son déses­poir.

Sou­vent, devant chez moi, pleure le pay­sage,
Et je vois, au-des­sus, ton céleste visage,
De son teint bien­veillant, prier, bai­gné des vents,
Pour nous, pau­vres mor­tels, et pau­vres indi­gents.
Le suc ambré d’un vin, qu’on goû­te­rait au soir,
Lorsqu’on voit les val­lons trem­per leur déses­poir,
Et que, dans l’onde pure, en toi­les oni­ri­ques,
Se mêlent aux reflets tes vers mélan­co­li­ques ;
Ces soirs où tes rai­sins, de tant d’années muris,
S’épan­chant dans nos cœur, y trou­vent leurs abris,
Je bran­dis tes écrits aux étoi­les vaillan­tes,
Pour qu’on les pro­té­geât des cri­ti­ques saillan­tes.
Cyn­thia a bien sou­vent, de sa pâle chlo­rose,
Été seule lumière au jar­din de ma rose,
Et pour­tant la beauté, comme reli­gion,
S’exalta, par ton luth, en toute pas­sion,
Quand je lus tes pen­sées, impré­gnées dans leurs pages,
Et que leur mélo­die modu­lait les riva­ges,
Et d’eux tirant la flûte, et cueillant aux frai­siers
Des fruits frais, fre­don­nait la dou­ceur des bai­sers.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet