A.T sur le Mensonge
Toujours dans la douceur on voit muer l’horreur ;
Toujours dans nos espoirs on voit le désespoir.
Est-ce que le naïf réconforte le seul
Quand il le rend captif et qu’il coud son linceul ?
Est-ce que le mensonge arbore le velours
Quand il rend l’illusion de donner de l’amour ?
Pourrai-je jamais croire aux miracles soudains
Si se déguise en or tout le froid du dédain ?
Une candide fleur incapable du vrai
Vous peut-elle admirer sans n’être que l’ivraie ?
Pourrai-je croire à l’ange avenant, aux pétales,
Si tous ceux que je voie ne sont que des démons,
Qui dans leur indigence ignorent tout le mal
Qu’ils jettent à ma face en leur indécision ?
N’est-il pas monstrueux de jouer par le mensonge,
De vouloir le bonheur en lui passant la longe ?
Et peut-on recueillir en soi toutes les peines,
Quand soi-même on voudrait être aidé pour les siennes ?
La prière confuse a-t-elle le pouvoir
De calculer le bien chez ce follet du noir ?
Et le trouble lui-seul ne s’empare-t-il pas,
Dans ma désillusion de terribles appâts ?
Ce même trouble hagard n’est-il souvent profus
Quand je fais ma prière, agacé ou confus ?
Et n’est-il pas abjecte en mentant à mon cœur,
D’espérer l’illusion d’en sécher tous les pleurs ?