Un souvenir lointain
C’est un recoin austère aux souffles froids de l’or,
De ceux que le Zéphyr apporte : il s’y endort.
Le sentier, las, se perd vers l’horizon des cimes,
En cet œil doucereux, vide, et terne, et pensif,
Dont le teint moribond s’échoue sur le récif,
De doux cotons de rose entament des abîmes.
Tombant, tremblant, sombrant, dans le miroir mystique,
Je suis leurs lents flocons, aux caresses acides ;
Ils ont de ces reflets, comme un gâble rustique,
Noël et ses sapins, dans leurs râles placides.
Or ce glas indolent, lorsque tintent les cloches,
Perdu dans l’infini d’échos brisant les roches,
Exaltant en ce soir la triste vocalise
Ressurgie du passé, en la neige et ses flaques,
Vaguant dans sa folie, par de terribles claques,
Anime comme Dieu ce paradis d’église.
La torpeur bleue, opale, ambrée dans un mirage,
Pèse, lointaine, argent, apaisant le rivage.
Sa sibylline teinte agrégée sur la croix
Qui surgit sous la gase en implacable signe,
Du dur alignement des tombes en émoi,
S’émiette sur ses reins de plaine rectiligne.
Mes yeux vaguent sournois, jusqu’au loin, ils t’effleurent,
Les peines, en fracas tomenteux, y affleurent ;
Le songe se morfond, des caresses félines,
Et rêve nitescent, à ses grâces câlines ;
Lui qui pourtant grandiose inconnu de l’opprobre,
S’étonne, repoussé, du dédain le plus sobre…
Parfois le bel amour est proscrit aux plus grands.
C’est ainsi que les yeux balancés au naufrage,
Je sens grandir la flamme endiablée de leur rage ;
L’azur qui les tourmente en foudroie la malice,
Qui déjà, doucement, atteint leurs interstices.
L’indigence d’un cœur, n’est-elle pas ignoble,
Terrible pour celui que l’on sait le plus noble ?
Déjà, la lueur torve, indiquait de partir ;
Et moi, pâle poète, au regard de ses larmes,
Dans les miennes mirées, mouillées dans le vacarme,
Contre ton souvenir je venais me blottir.