Une autre âme s'en va

Samedi, août 21 2010

Un rocher dans la nuit essuyait des assauts ;

Au large, l'océan, combattait les vaisseaux.

On entendait au bord, couchée sur la rocade,

Pleurer une âme au souffle affaibli et malade.

Silencieuse et pâle, haletant de chagrin,

Elle envoyait en l'air, des sables quelques grains.

Ne trouvant d'autre ami que l'ombre de son corps,

Elle attendait la vague, elle enviait la mort.

Ses yeux fatigués étaient gorgés de sang, 

Ses larmes donnaient l'air d'astres incandescents.

Sur les monts de ses joues, aux parures pourprés,

Quelques marques disaient : " Je m'endors dans les prés. ".

Les étoiles du ciel éclairaient ses cheveux,

Quelques unes filaient, l'âme feintait un voeu.

Mais tous ses mouvements, et sa pâle quiétude,

Suintaient l'isolement, et non la solitude.

Puis, d'un bond se levant, sur le haut du récif,

Cette âme se donna, en un saut impulsif,

A l'océan rageur, qui attendait sa proie,

Quand vingt mètres plus bas rougirent les parois,

Des funestes rochers, aux contours immortels,

Que des âmes fanées choisissent comme stèle.

La lumière éclatait, de quelques traits d'écume.

A l'est apparaissaient quelques filets de brume,

Révélant du soleil, le renouveau naissant,

Une aube vermillon, empourprée par le sang.

 

 A.L.

Exil en terre d'amour

Mignonne, viens, car je t'attends ;
Partons plus loin qu'il ne se peut.
L'amour s'échappe, et fuit le temps,
Faisons de même, et faisons mieux.

Tu sais l'amour donne des ailes,
Alors décollons de ce pas.
Quitte à jouer les hirondelles,
Allons où personne ne va.

J'ai déja mon itinéraire, 
Mais, je veux le suivre avec toi ;
Nous habiterons la clairière, 
Que j'ai trouvé au fond d'un bois.

Tu dormiras sur la pelouse,
Tes cheveux sentiront la menthe.
Les orchidées seront jalouses,
De nos iris incandescentes.

Je m'en irai seul au matin,
Bien sur tu n'auras rien à craindre.
Ton réveil sera mon instinct,
Alors je reviendrai t'étreindre.

Pas un mistral, pas une brise,
Ne troubleront nos vies parfaites.
Et seules siffleront tes bises,
Que j'aime à souffrir par tempêtes.

Dieu existe, et nous le verrons, 
Car notre ciel est sans nuage.
Il chassera les aquilons,
Le bonheur sera sans ombrage.

L'amour existe, il nous appelle.
Ouvrons nos coeurs il entrera.
Mignonne mon coeur te harcèle,
Viens vite pleurer dans mes bras.

A.L.

La Terre

Jeudi, juillet 8 2010

Sen­tir sur soi souf­fler le vent ver­ti­gi­neux,
Au-des­sus de l’abîme où la flamme se jette,
Res­pi­rer l’air sans fond du gouf­fre lumi­neux,
Quand la folie sou­dain de la peur est sujette…
Se deman­der alors si l’on fait une erreur
De ne pas se don­ner une nou­velle chance,
Lais­ser dans son esprit l’amour et la ter­reur
Livrer l’ultime rixe à sa déses­pé­rance…
Ce n’est qu’après cela, si le cœur a vaincu,
Que l’on peut res­pi­rer le par­fum de l’envie ;
Sou­vent l’Homme incons­cient du bon­heur a vécu :
C’est qu’il ne savait pas com­ment aimer la vie.
Or pour la méri­ter je crois qu’il faut savoir
L’appré­cier tou­jours, en cha­que cir­cons­tance,
Ce n’est pas d’un bâfreur le négligé bavoir,
Qui devrait essuyer sa bile d’arro­gance !
Et quand on voit ces gens, empreints de déri­sion,
Buvant à pro­fu­sion l’eau par gran­des gor­gées,
Mépri­sants, pro­fi­teurs, à l’étroite vision,
Aux artè­res, tou­jours, par le fiel engor­gées ;
Quand soi-même on admire un ciel qu’ils ne voient pas,
Et qu’on hume une fleur que le soir illu­mine,
Eux ne la sen­tent point : ils fou­lent de leurs pas
Pres­sés et noirs la vie qui, douce, s’albu­mine…

Si le silence sonne...

Samedi, juillet 3 2010

Si le silence sonne aux por­tes de tes lèvres,
Et que s’envo­lent loin tes sou­ri­res miè­vres,
Tu sen­ti­ras au fond de ton cœur écrémé
Comme un relent de rage et de mort opprimé
Frap­per sur un tam­bour que tu ne peux con­naî­tre
Et qui comme la haine en ran­cœur se voit naî­tre.

Les vieux vallons

Vendredi, juin 25 2010
«Vieux val­­lons !» s’écria mon père tout ému,
En assé­­chant les pleurs par les­­quels il est mû,
Pen­­dant que les rayons, aux souf­­fles de l’automne,
Creu­­saient au cœur des monts leur sillon mono­­tone,
Et que, dans le ciel pur, un nénu­­phar doré
Sem­­blait faire défaut à ce monde adoré.

« Nous voilà de retour, à notre hum­­ble demeure,
Je t’en con­jure, fils, pour jamais que ne meure
Cet hori­­zon de vie sous un gris nua­­geux,
Pro­­met­s-le moi, qu’ainsi que l’ont fait nos aïeux
Pour la pos­­té­­rité, tu l’auras con­­ser­­vée,
Et que, près de ton cœur, tu l’auras pré­­ser­­vée.»

Ceci dit, s’en allant, il jeta vers le ciel
Ce regard si pro­­fond que seul con­­naît l’ariel ;
Je crus un bel ins­­tant qu’il allait outre-monde,
Tel un ange, quit­­ter notre pla­­nète ronde.
Mais il se retourna juste à temps, sou­­riant,
Tout au fond de lui-même, on le savait priant.

Nous res­­tâ­­mes assis quel­­ques temps sur la terre
Pour oublier la vie que l’on trace à l’équerre,
Pen­­ser à la cou­­leur, des­­si­­ner un con­­tour,
Uni­­ques à pou­­voir s’imbi­­ber de l’amour…
Et nous vîmes pas­­ser, dans le feu d’une larme,
Une lueur d’espoir et de vie qui nous charme…

Le soir sur la mon­­ta­­gne allait bien­­tôt tom­­ber,
Et le soleil galant sous la nuit suc­­com­­ber ;
Nous étions tou­­jours là, recomp­­tant les étoi­­les,
Comme de petits caps dont nos légè­­res voi­­les
Eus­­sent secrè­­te­­ment décou­­vert le che­­min,
Et que nous eus­­sions pris, sans pen­­ser à demain…

«Tu vois», reprit mon père, en regar­­dant les plai­­nes,
«Il est de sot­­tes gens qui vou­­draient être rei­­nes,
Qui rêvent d’un palais où mille ser­­vi­­teurs
Eus­­sent par dévo­­tion joué les appa­­ri­­teurs,
Mais de sim­­ples forêts, col­­li­­nes et val­­lées,
Ces lon­­gues stries qu’en Haut l’on croit s’être en allées
Recè­­lent plus d’amour, et plus de vérité,
Que l’Homme aura jamais dans sa vul­­ga­­rité.»

Le soir

Samedi, juin 19 2010

Mon som­bre monde où l’onde noire s’enve­nime,
C’est un bateau qui, bien long­temps, a navi­gué
Sur les eaux froi­des, sous la nuit, qui le décime,
Et qui ce jour, l’âme a rendu, trop fati­gué…

Le bon­heur vient, le bon­heur va, s’en va, au ciel,
La nuit s’allonge, au loin les fleurs, en pleurs se fanent,
Il reste à l’âme un corps meur­tri, cousu de fiel,
Et deux yeux bleus noir­cis de peine qui rica­nent…

Fragment lunaire

Lundi, mai 3 2010

La lune s’emmê­lait et palis­sait au monde,

Prise dans le filet d’une toile pro­fonde ;

Et lorsqu’on sen­tait l’air, dans le calme du soir,

Nos corps ondu­laient blancs sous l’emprise du noir.

Vision d'un matin

Ils des­si­nent des cœurs, loin­tains verts embru­més,

Sous la cou­pole d’or d’un nuage éter­nel.

Les roses du jardin

Les roses du jar­din regar­dent le soleil,
Leurs visa­ges tour­nés vers sa lande ver­meil ;
Mais une encor plus belle est celle qui se tourne
Et qui pré­fère un vieux gris noi­râ­tre muret.

Heartcatcher

Voit-on dans l’océan se mirer les étoi­les
Lors­que le ciel étend sur le monde ses voi­les !
C’est que sou­vent notre âme est sem­bla­ble à la mer
Et que sou­vent elle a comme l’eau un reflet ;
Un reflet comme l’eau, qu’il soit blanc ou amer,
Que l’on sur­prend le soir dans un albe filet.
Il vogue dans un rêve et n’a nulle autre image
Que celle que donna au ciel un nuage.

Amour, Amitié

Ce que l’amour sou­vent emprunte à l’ami­tié

Il le ren­dra pour­tant un jour à la pitié.

Le ciel

Samedi, mai 1 2010

Le ciel est pour mes yeux comme un monde indo­lore,

Dans lequel une rose oublie d’être arro­sée ;

Mais le vent cha­leu­reux balaiera la rosée :

Le ciel a les reflets d’un vase soli­flore.

Mortadelle

Samedi, avril 17 2010

Quand elle s’appro­chait du ciel au matin
Elle lais­sait au vent sa robe de satin
On voyait dans ses yeux dan­ser les hiron­del­les
Et d’immen­ses forêts. Elles étaient si bel­les !
Je des­si­nais des­sus des cœurs rou­ges de sang.
Et j’aimais plus encor la sen­tir qui des­cend,
Qui glisse avec dou­ceur sur ses mem­bres fra­gi­les
Elle avait le teint pâle et les mains peu agi­les
Mais je me con­ten­tais de la savoir tout près
Si près que j’aurais pu savou­rer ses attraits.
Or moi je me réclame être homme trop civile
Pour livrer mon esprit à une idée si vile
Je pré­fère des yeux savou­rer mon tré­sor
Car il reste aussi beau mal­gré qu’il en soit mort.

Longues heures

De lon­gues heu­res
Sou­vent pro­mè­nent
Un soleil blanc
Sur l’hori­zon
Sur l’infini
Taché de sang.

Et cette étoile
Fai­ble et lim­pide
Laisse des flous
Sur son pas­sage
Comme des rêves
Encore mous.

Puis les cieux bleus
Fixent encore
Notre cons­cience
Et ils l’engluent
Tout dou­ce­ment
Dans la patience…

On se regarde
Et l’on s’attend
L’air étourdi
Dans le miroir
D’un long diman­che
Après-midi…

C'est elle que j'aime

Dimanche, mars 28 2010

C’est une pleine lune, sous un ciel étoilé,
Un astre enlu­miné déchai­nant mes ardeurs,
Un rayon de dou­ceur, qui me frôle, m’effleure,
Qui jamais ne me lasse tant je peux l’aimer.

C’est quand je l’aper­çoit le matin de bonne heure,
Décoif­fée par le vent, aux pom­met­tes rosées,
Qu’elle s’assied près de moi, pour m’offrir un bai­ser,
C’est à ce moment là que j’oublie mes humeurs.

Et cha­que beau matin, je remer­cie le ciel,
De m’avoir donné tant, en me la don­nant elle,
Aujourd’hui est un jour par­semé de bon­heur.

Et cha­que beau regard, qui tra­verse mes yeux,
Me rend à cha­que fois, un peu plus amou­reux,
Au fond de sa pupille, un feu brule mon coeur.

A.L.

Brûlure annonciatrice

Samedi, mars 20 2010
C'est un feu qui me brûle et consume mon âme,
Ma plume va, et tresse en ces bouts de poème
Une corde sans fin, d'un amour qui s'enflamme,
Et se retient d'écrire un bouquet de je t'aime.


Le temps que je passe loin de tes yeux timides,
Affecte tant les miens, que je les sens en proie
Au flot de sentiments qui rend les joues humides ;
Luttant contre cela, je fuis, je te fuis toi.


Mais tu restes, mignonne, aux portes de mon coeur.
Faisant trembler l'amour de père mère et soeurs
Au poids de ton regard, si puissant dans ma vie.


Et je t'accueille, muse, au berceau de mes nuits.
Un espoir est venu, je l'aperçoit qui luit,
M'annonçant le bonheur, des amants réunis.



A.L.

Une vie de feuille

Je serais une feuille : j’ai connu la ver­deur,

J’ai eu foi en la vie, et j’ai cru au bon­heur.

Je rap­pelle quand, à la leur de mon âge,

( Ce qui pour une feuille est un étrange usage )

J’ai grandi pro­tégé, des mes frè­res entouré,

Au matin d’une vie qui n’a que peu duré.

J’ai pu m’épa­nouir, au souf­fle de la bise, 

Puis d’un coup révé­ler ma feuillette indé­cise.

Quit­tant comme mes frè­res, les rêves hiver­naux, 

Ecou­tant la beauté, des chants du renou­veau.

Car j’ai vécu l’amour ! J’ai envié l’éter­nel !

Mais je n’ai qu’un prin­temps, qu’un retour d’hiron­del­les.

Et je savoure en moi, qui ne suis qu’un feuille, 

Les cares­ses de mai, ces par­fums que l’on cueille.

Puis l’été est venu, accom­pa­gné de fleurs,

De cri­quets et d’oiseaux, de ciels bleus de cha­leur.

Et j’ai connu cela, feuille parmi les hom­mes,

Autant qu’en ma vraie vie, d’auteur parmi les hom­mes.

Rabou­gri par le temps, j’entends l’heure qui sonne.

Ainsi donc, la fin vient, en ce réveil d’automne.

Je me regarde alors, jau­nis des soleils chauds.

Terni par le zéphyr, anti­thèse du beau.

Je laisse bal­lot­ter, les res­tes de mon âme

Dans un flot de souf­france, où se sui­vent les fem­mes.

Elles ont bri­sés ma vie, déchiré mes pas­sions,

Elles ont hanté mes nuits, de tou­tes les façons..

Alors, je relâ­che la bran­che qui me tient,

Dans cette vie de peine, je ne vais pas plus loin.

Et j’aban­donne tout, puis­que mon âme est morte.

Et je n’emporte rien, puis­que le vent m’emporte.

A.L.

Surprise

Un matin, je mar­chais, dans le froid de l’hiver ;
« Chi­mé­ri­que pathos, je regrette ta verve ! »
L’oeil bla­fard, vaga­bond, comme rongé d’un ver ;
« Le sau­rai-je bien­tôt, ce que la fin réserve ? »

Regar­der le trot­toir, qui borde l’auto­route,
N’est point la solu­tion.
Ils mènent, tous les deux, à l’absurde déroute
D’un monde « évo­lu­tion ».

Il faut par­tir au ciel ren­con­trer une étoile
Pour enten­dre le chant sur Terre de l’oiseau
La nature, tou­jours, doit appo­ser son sceau
Pour que la rose fleur éclose et se dévoile.

J’ai levé le regard comme un poi­gnard aux yeux
Mais j’ai lâché ma prise.
Une graine de rêve a germé dans les cieux,
C’était une sur­prise.

J'ai le coeur en passoire

Samedi, mars 6 2010
J’ai le cœur en pas­soire
Le cœur qui brûle au fond
Qui tourne et tourne en rond
Au fond d’un cré­ma­toire…

J’ai le cœur en pas­soire
Servi à des géants
De géants sen­ti­ments
Pour un verre d’espoir…

J’ai le cœur en pas­soire
Et le noir est ma peur
Quand l’étoile se meurt
Au fir­ma­ment du soir…

J’ai le cœur en pas­soire
Et le cœur en vio­lon
Mes lar­mes sont le son
Des vies à émou­voir…

J’ai le cœur en pas­soire
Comme un rocher pro­fond
Étrange, où se mor­fond,
Un royaume illu­soire…

J’ai le cœur en pas­soire
Autour de moi l’amour,
Fait des ronds de vau­tour…
Le cœur en balan­çoire…

J’ai le cœur en pas­soire
Piqué sur une bro­che
Ficelé, tout fan­to­che,
Prêt pour la rôtis­soire…

Sui Caedis

Jeudi, mars 4 2010


Une lande vertement pure,
Un doux matin.
Un dernier mot à la nature,
Avant la fin.

Un chêne blanc ornait le ciel,
Ce doux matin.
Et les abeilles volaient au miel,
Quand l'homme vint.

Une hirondelle, s'est envolée
En le voyant :
La corde en main, le coeur serré,
Et sans argent.

Il a trouvé une demeure,
Pour s'en aller.
Ici il va, ici il meurt,
C'est accepté.

Mais en sa tête, hurlent encore
Deux mille bombes.
Sonnant fort le glas de sa triste mort,
Il tombe.


A.L.

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