Longues heures
De longues heures
Souvent promènent
Un soleil blanc
Sur l’horizon
Sur l’infini
Taché de sang.
Et cette étoile
Faible et limpide
Laisse des flous
Sur son passage
Comme des rêves
Encore mous.
Puis les cieux bleus
Fixent encore
Notre conscience
Et ils l’engluent
Tout doucement
Dans la patience…
On se regarde
Et l’on s’attend
L’air étourdi
Dans le miroir
D’un long dimanche
Après-midi…
C'est elle que j'aime
C’est une pleine lune, sous un ciel étoilé,
Un astre enluminé déchainant mes ardeurs,
Un rayon de douceur, qui me frôle, m’effleure,
Qui jamais ne me lasse tant je peux l’aimer.
C’est quand je l’aperçoit le matin de bonne heure,
Décoiffée par le vent, aux pommettes rosées,
Qu’elle s’assied près de moi, pour m’offrir un baiser,
C’est à ce moment là que j’oublie mes humeurs.
Et chaque beau matin, je remercie le ciel,
De m’avoir donné tant, en me la donnant elle,
Aujourd’hui est un jour parsemé de bonheur.
Et chaque beau regard, qui traverse mes yeux,
Me rend à chaque fois, un peu plus amoureux,
Au fond de sa pupille, un feu brule mon coeur.
A.L.
Brûlure annonciatrice
Une vie de feuille
Je serais une feuille : j’ai connu la verdeur,
J’ai eu foi en la vie, et j’ai cru au bonheur.
Je rappelle quand, à la leur de mon âge,
( Ce qui pour une feuille est un étrange usage )
J’ai grandi protégé, des mes frères entouré,
Au matin d’une vie qui n’a que peu duré.
J’ai pu m’épanouir, au souffle de la bise,
Puis d’un coup révéler ma feuillette indécise.
Quittant comme mes frères, les rêves hivernaux,
Ecoutant la beauté, des chants du renouveau.
Car j’ai vécu l’amour ! J’ai envié l’éternel !
Mais je n’ai qu’un printemps, qu’un retour d’hirondelles.
Et je savoure en moi, qui ne suis qu’un feuille,
Les caresses de mai, ces parfums que l’on cueille.
Puis l’été est venu, accompagné de fleurs,
De criquets et d’oiseaux, de ciels bleus de chaleur.
Et j’ai connu cela, feuille parmi les hommes,
Autant qu’en ma vraie vie, d’auteur parmi les hommes.
Rabougri par le temps, j’entends l’heure qui sonne.
Ainsi donc, la fin vient, en ce réveil d’automne.
Je me regarde alors, jaunis des soleils chauds.
Terni par le zéphyr, antithèse du beau.
Je laisse ballotter, les restes de mon âme
Dans un flot de souffrance, où se suivent les femmes.
Elles ont brisés ma vie, déchiré mes passions,
Elles ont hanté mes nuits, de toutes les façons..
Alors, je relâche la branche qui me tient,
Dans cette vie de peine, je ne vais pas plus loin.
Et j’abandonne tout, puisque mon âme est morte.
Et je n’emporte rien, puisque le vent m’emporte.
A.L.
Surprise
Un matin, je marchais, dans le froid de l’hiver ;
« Chimérique pathos, je regrette ta verve ! »
L’oeil blafard, vagabond, comme rongé d’un ver ;
« Le saurai-je bientôt, ce que la fin réserve ? »
Regarder le trottoir, qui borde l’autoroute,
N’est point la solution.
Ils mènent, tous les deux, à l’absurde déroute
D’un monde « évolution ».
Il faut partir au ciel rencontrer une étoile
Pour entendre le chant sur Terre de l’oiseau
La nature, toujours, doit apposer son sceau
Pour que la rose fleur éclose et se dévoile.
J’ai levé le regard comme un poignard aux yeux
Mais j’ai lâché ma prise.
Une graine de rêve a germé dans les cieux,
C’était une surprise.
Une histoire sans autre importance que l’amour
Par une journée de tempête, alors que du ciel gris s’abat sur la terre de violents éclairs, mugissants comme pour exprimer la colère d’un Dieu contrarié, la côte de St Malo se trouve troublée, et un cœur crie.
Assis sur les rochers, et contemplant les assauts acharnés des vagues sur les parois de granite qui arment la plage de la forteresse de la mer, un homme réfléchis. La violence de ce décor brutalement pur fait hurler son cœur. Il respire à grandes bouffées, comme s’il s’était trouvé mal. Sa bouche béante laisse indifféremment couler un filet de salive, de façon inerte. Il écarquille les yeux, des yeux rouges semblant vouloir exploser à tout moment, et fixant l’horizon. Il souffre, il souffre en silence, il souffre comme il n’a jamais souffert. Dans ses mains, lesquelles se trouvent décharnées, demeure une lettre. Cette lettre, il est en train de l’écrire, avec la plume qu’il a coincé dans son pouce. Il s’est percé le pouce avec cette plume pour évacuer sa violence. Sur la feuille de papier, il y a de petites gouttelettes rondes éparpillées. Certaines sont rouges, et d’autres, plus importantes, transparentes. Le point commun des ces petites perles est qu’elles viennent d’un même cœur. Puis on peut lire des mots sur cette lettre. Eux proviennent aussi du même foyer que le sang et les larmes, et sont la trace écrite d’une violence intérieure inouïe, déferlée sur une innocente feuille. La lettre dit :
« Mon amour,
« cette lettre est sûrement la dernière. Il me faut quitter St Malo demain, ou mourir. Ils vont « m’arrêter « ma belle, me tuer si je ne m’enfuie pas, pour ne point revenir. La mort n’est rien « pour moi, si tu es « mienne, car ainsi ma vie n’a plus de but. Et, dans ce cas, la mort serait « un délice. Mais rester, c’est « risquer de te perdre ; et mille morts me seraient plus agréables « que d’endurer la tienne.
« Mon amour, je suis désormais voué à mourir. Partir créera ma mort, rester « condamnera autant « nos deux vies. Oui, c’est parfaitement cela mon amour, il me faut « passer le cap de l’au-delà.
« Oublie-moi, mon amie, oublie-moi. Refais ta vie avec un autre que moi, qui n’aurais jamais « mérité une « femme comme toi. Marie-toi. Si tu n’en a pas la force, fais le pour moi. Ais des « enfants. De là-haut je « les regarderai grandir, comme s’il étaient les miens.
« Mon amour, ici se clos notre histoire, dans cette lettre, sur ces lignes, dans l’amour et « la mort. L’amour, la mort… C’est si beau de mourir par amour, et de n’avoir que ce mot à la « bouche. Pardonne-moi de toute cette vague de malheur qui va sûrement s’abattre dans ton
« cœur si fragile et si pur. Nous nous retrouverons, mais l’heure n’est pas venue.
« Adieu ma tulipe, ma fleur des plus beaux printemps, ma joie, ma raison de vivre. Les beaux « jours sont finis. »
Puis distinctement, en bas de page, il écrit ces derniers mots :
« Je suis certain de mourir, mais si par hasard ce n’était pas le cas, je te retrouverai sur l’île « de Jersey, au nord-ouest d’un bourg appelé St John. Je t’attendrai toute la journée du 10 « avril, pour partir avec toi vers la Grande Bretagne. Rendez-vous là-bas, ou jamais. »
Puis, pétrifié de désespoir après ces derniers mots, il éclata en sanglots. C’était trop. Il ne connaissait pas ces sensations. Lui, lui qui avait tant enduré avant, la mort, la maladie, la souffrance. Mais il pleurait pour la première fois avec autant de rage, de force. C’est avec les larmes donc que cet homme découvrit la passion, l’amour inconditionnel pour l’être, le bonheur inoui rien qu’à la pensée de ces lèvres, de ces yeux, de ce corps adoré.
Et c’est avec les larmes que cet homme s’épanouit et devint Homme. L’Homme qui tremble, l’Homme faible, mais l’Homme qui l’assume, qui l’accepte et s’en fait une fierté.
Théophile ( et oui c’est devenu un homme, il a aussi un prénom. ) se leva, jeta sa plume à la mer, et regagna la jetée. Il se rendit au domicile d’un certain monsieur de Jarbet, semant de temps à autre des gouttes de sang de son pouce décharné. Ce monsieur de Jarbet était un rentier d’une soixantaine d’année à qui la nature avait donné deux fils et deux filles. Les deux premiers fils avaient quitté le domicile paternel, et la sœur aînée était entrée au Carmel. Seule la benjamine restait à la maison. M. de Jarbet avait perdu sa femme en couche lors de la naissance de sa fille. Sa mère avait désiré l’appeler Céleste, en souvenir de sa mort future, car elle se rendait au paradis.
Céleste avait grandi. Elle était devenue belle avec l’âge. Elle avait rencontré Théophile deux ans plutôt, alors qu’elle entrait dans sa dix-neuvième année. Dès le premier jour elle l’avait aimé, et ils se jetaient des regards pleins de douceur depuis la première minute. Ils ne s’étaient révélé cet amour que deux mois plus tard, alors que Céleste était tombée dans la mer. Théophile l’avait sauvé des flots, et ils s’étaient étreints pour ne se séparer que dans l’attente de prochains baisers.
Ainsi, Théophile s’était rendu au domicile Jarbet et avait donné une lettre au portier pour mademoiselle de Jarbet. Puis il avait pris ses jambes à son cou et avait disparu vers le port.
Cette nuit-là, Céleste avait fait un mauvais rêve. Plusieurs fois elle s’était réveillé en sueur. Elle avait rêvé d’un bateau, ou plutôt d’une barque. Théophile était assis, dans cette barque. Ces yeux semblaient regarder le vide, et aucune expression ne ternissait son visage.
Il s’était levé, et s’était jeté à la mer. Elle demeurait immobile, tentait de tout faire pour éviter le drame, mais rien ne se passait. Son corps ne répondait plus, sa bouche voulait hurler, mais rien ne sortait. Et elle voyait son amour couler, et sombrer doucement dans les profondeurs abyssales de la marée. Puis ses yeux s’était fermés doucement eux aussi, avec l’incapacité de les rouvrir.
La peur de la mort. Cette peur hante les cœurs, quel que soit l’âge que l’on ai, quelle que soit la blancheur notre âme. Il suffit d’aimer un temps soit peu la vie, la sienne ou celle d’un autre, et l’on ne peut plus penser à la mort sans la redouter.
On n’a plus peur de la mort que lorsque l’on n’a plus de raison de vivre.
La gouvernante appela Céleste. Une lettre était arrivée, elle lui était destinée. L’auteur ne l’avais pas cachetée, et la gouvernante s’interrogeait sur l’identité de ce mystérieux anonyme. Céleste, elle, savait. Ça y est, il lui avait enfin écrit. Elle saurait. Théophile lui avait confié auparavant ses problèmes avec la justice, qui le recherchait pour une affaire bénigne de vol à l’étalage, car Théophile, à l’inverse de Céleste, vivait dans la pauvreté la plus atroce.
En dépliant cette lettre toute tachetée, Céleste eut un haut-le-cœur. L’écriture était bien l’écriture de son amant, mais elle était accompagnée de multiples gouttes de sang.
Son rêve refit surface. Elle le revit lentement sombrer, et se trouva mal.
L’amour, l’amour… Quel rabâchage, en si peu de pages. Mais quoi, on n’a pas finit d’en parler, puisqu’il est centre de tout. L’amour fait naître, l’amour fait grandir, l’amour fait vivre, on s’en nourrit, on en souffre, et finalement il nous tue. C’est maintenant le dernier chapitre des vies de Céleste et Théophile.
Leur histoire n’a aucune importance. Il vont mourir tous deux d’amour, et s’offrir l’un et l’autre la plus belle des fins.
Oui, ils vont mourir.
Théophile s’est enfui pour le port. Dans sa course il est tombé nez à nez avec une brigade, qui le recherche. Tous ses projets d’avenir sont maintenant brisés. Devant lui : la mort. Le lendemain, il sera pendu au coucher du Soleil, car il va servir d’exemple et dissuader les vauriens. Et sa vie prendra enfin un sens dans sa mort.
Céleste ne reverra plus jamais Théophile vivant. Elle s’est enfermée dans sa chambre, pour y rester jusqu’à ce qu’elle accepte le départ de Théophile, ou bien que la faim et la soif aient raison d’elle. Pas un instant elle ne se doute qu’il puisse mourir, cela lui paraît impossible, et elle ne peut y songer.
Le lendemain, elle ne donna plus signe de vie. Murée dans le silence le plus complet, elle s’accrochait tant bien que mal à sa dernière raison de vivre, le retrouver. En fin d’après midi, la gouvernante, affolée, se précipita devant la chambre de la jeune femme. Elle hurla : « Mademoiselle Céleste ! Mademoiselle ils ont votre Théophile. Il va mourir en cet instant, sur la place publique. Oh c’est horrible, je vous en prie dites quelque chose. »
Céleste sortit comme une furie de sa chambre. Elle courut tant qu’elle pouvait, enleva ses chaussures pour aller plus vite, mais en vain. Lorsqu’elle arriva le Soleil disparaissait vers l’Occident, et le corps de l’être qu’elle chérissait flottait, un mètre cinquante au-dessus du sol.
Alors elle tomba à genou. Sans un bruit elle se leva, le souffle coupé, et reprit le chemin de la maison de son père.
En arrivant, elle vit ses rochers, d’où elle avait failli mourir un jour, et où tout avait commencé. Non elle ne se marierait pas, mais peu importait. Elle prit alors une dernière bouffée d’air, et se jeta de là dans l’eau pour sombrer, et retrouver son bonheur là-haut, car dans cette vie personne ne pouvait plus la sauver.
Ainsi s’achève leur histoire. Et même si la mort a pris ces deux amoureux, ils finissent ensemble, enlacés dans la sérénité des cieux, la sérénité de la mort, de cette mort qui ne tourmente pas les âmes qui s’aiment.
A. L.
J'ai le coeur en passoire
Le cœur qui brûle au fond
Qui tourne et tourne en rond
Au fond d’un crématoire…
J’ai le cœur en passoire
Servi à des géants
De géants sentiments
Pour un verre d’espoir…
J’ai le cœur en passoire
Et le noir est ma peur
Quand l’étoile se meurt
Au firmament du soir…
J’ai le cœur en passoire
Et le cœur en violon
Mes larmes sont le son
Des vies à émouvoir…
J’ai le cœur en passoire
Comme un rocher profond
Étrange, où se morfond,
Un royaume illusoire…
J’ai le cœur en passoire
Autour de moi l’amour,
Fait des ronds de vautour…
Le cœur en balançoire…
J’ai le cœur en passoire
Piqué sur une broche
Ficelé, tout fantoche,
Prêt pour la rôtissoire…
Sui Caedis
Une lande vertement pure,
Un doux matin.
Un dernier mot à la nature,
Avant la fin.
Un chêne blanc ornait le ciel,
Ce doux matin.
Et les abeilles volaient au miel,
Quand l'homme vint.
Une hirondelle, s'est envolée
En le voyant :
La corde en main, le coeur serré,
Et sans argent.
Il a trouvé une demeure,
Pour s'en aller.
Ici il va, ici il meurt,
C'est accepté.
Mais en sa tête, hurlent encore
Deux mille bombes.
Sonnant fort le glas de sa triste mort,
Il tombe.
A.L.
Pensées d'un soir
A elle.
L'amour, la peine, la haine...et la vie, et la mort.
Tous ces liens que je tisse, qui font ce que je suis.
Ces regards que je glisse, ces baisers que j'ai pris...
Ces perles de la vie, me bercent quand je dors.
Je me noie dans cette eau qui abreuve mon cœur.
Et je sens tous les maux dont cette eau m'a lavé.
Je la sens ! qui me frôle... et qui me fait rêver.
Et Morphée vient, me prend, comme on cueille une fleur.
Je me laisse emporter, pour un nouveau voyage.
Quelle douceur de vie, que de se laisser faire,
Le bonheur et la nuit, tous deux font bonne affaire.
Et je rêve, et je rêve, perché sur un nuage.
Voguant dans une barque, vers le lointain des cieux.
Guidé, dans mon chemin, par la flamm de ses yeux.
A.L.
Apocalypse
Ne plus rien faire. Jeter les armes
Et doucement, se laisser choir :
C'est terminé et sans espoir.
Je veux mourir, mourir, mourir.
Ne plus souffrir, souffrir, souffrir.
Et rien ne va, m'en empêcher.
Souffle le vent, s'éteint la flamme.
La vie a pris ma petite âme.
Et elle est morte. Laissant la place
A la tristess, d'un cœur de glace.
Je vais mourir, mourir, mourir.
Ne plus souffrir, souffrir, souffrir.
Et rien ne va, s'y opposer.
A.L.
Désordre intérieur.
Il est dit qu'un beau jour l'Homme saura trouver
La place qu'il se doit d'occuper en ce monde,
Qu'alors il cessera de cautionner l'immonde
Et qu'il sera dit grand. Cela reste à prouver.
S'il savait déjà, l'Homme ! sortir de ce qu'il est.
De ce qui le fait, l'Homme ! De ses manies d'horreurs.
Lui qui a rejeté paix, simplesse et candeur !
Entassant les méfaits tant il déteste il hait !
Diable ! Qui est-ce diable qui égorge les cœurs ?
Qui est donc ce malin, qui pénètre en nous-mêmes,
Et nous fait mortifier les êtres que l'on aime ?
Et pourquoi cet esprit sournois et malfaiteur,
S'attaque-t-il à moi, qui suis une âme impure...
Ne voit-il qui je suis, moi l'idiot le maudit ?
Moi, qui de tout rougis, dont le cœur est taudis ?
Je ne sais plus qu'écrire... je fais une coupure.
Ah ! Une idée revient. Oui ! Ma vie est pourrie.
Le temps passe et ma plume, qui sème son écume
Va, me crie et m'écrie, toute son amertume.
J'entends la mort hurler : Vient ! Et je lui souris.
Mais jamais je n'arrive à quitter cette vie.
Cet univers pervers qu'est la planète Terre,
Me garde me retient, debout, les pieds sur terre.
Pourquoi ? Je ne sais guère. Seul, j'avance et je vis.
A.L.
J'ai refermé un livre
J’ai refermé un livre, et approché mes yeux,
Une dernière fois, de l’eau pale des cieux.
Ils saignaient d’émotion.
De douleur, de passion.
Sur Terre faiblissant, je me sentais ailleurs,
Loin des regards blessants, vers des mondes meilleurs…
Je suis mort un matin, de ce bonheur tragique,
Ce bonheur d’un instant, que l’on sent nostalgique ;
J’ai pensé aux couleurs, qui venaient de s’enfuir,
Lorsque cette douleur est venue me détruire ;
J’ai pensé à ces jours, qui venaient de s’éteindre,
Comme des illusions, qu’on n’eût pas pu dépeindre ;
J’ai pensé au bonheur, que venant de connaître,
Je savais, pour toujours, ignorant à renaître ;
J’ai pensé à la vie, comme on pense à la mort,
C’était là ma prison, et mon terrible sort,
Je suis mort de chagrin, et le sourire aux lèvres,
J’ai refermé un livre en m’oubliant dedans.
Chaque vie est le regret d'une autre
Chaque vie est le regret d’une autre, pleine d’illusions et de mélancolie, pleine d’espérance pour un amour qui ne viendra pas.
La peine capitale. Voilà la sentence prononcée par le procès de la vie. Et pouvons-nous imaginer être heureux un jour, s’imaginer seulement ce qu’est la Lumière, si cette pensée reste gravée sur notre front ad vitam aeternam ?
Que je loue le seigneur pour sa clémence ! Qu’eussé-je pu contre ma destinée, qu’eussé-je pu tenter pour me libérer, ne fût-ce que pour le sursis des heures, des jours, des mois, et des années, s’il ne m’avait donné la candeur et l’amour !
Or vivre me détruit, vivre m’ancre dans ma vie, vivre me retire la candeur, et m’ôte l’amour, si bien que je me languis de les retrouver ailleurs, dans un autre Moi. Vivre me tue. Oui, plus je vis et plus les secondes passent vite, dans la platitude, dans la turpitude, dans la décrépitude… J’ai lu un jour : « Omnia vulnerant, ultima nocet. » Toutes blessent, la dernière tue. Est-il quelque vérité plus implacable que celle-ci !
Que l’on me rende l’amour… Que l’on me rende la candeur que ce monde de souffrance m’a ôtée, que l’on me rende à l’ignorance et à l’Eden, que l’on me donne d’oublier le poids des secondes, d’oublier mon destin, d’oublier mon passé, que l’on me donne de vivre heureux comme on vit dans un rêve !
Crachons un bon coup. Je suis sûr que cela va un peu mieux. Je suis sûr pourtant qu’au fond de vous il reste un peu de cette souffrance qui, comme un raisin donnera du vin, donnera à votre cœur son ultime nécrose, celle de la défaite, celle d’une défaite telle que vous rêverez de vengeance et non plus d’amour. Vous venez de faire le premier pas vers votre fin. Et vous vous dites que vous n’aviez pas le choix, et que vous êtes encore l’innocent que l’on a manipulé. Vous avez raison : le monde a des rocs et des crocs qui ont raison de tout.
L’amour seul peut sauver. Lui seul peut nous faire oublier notre condition humaine… Mourons de nos sentiments, mourons pour eux, car ce sont eux qui nous font vivre, plutôt que de vivre le cœur plat, sans passion et sans heurt, dans l’hypothétique espérance d’un petit prolongement, car c’est le temps, le temps vide et plat, le temps long et court à la fois, le temps qui court toujours plus vite qui vous rattrape pour vous assassiner…
Ne sommes-nous pas ainsi fait que lorsqu’un oiseau chante, qu’un arbre laisse tomber une feuille, qu’une fleur s’émerveille au milieu d’un champ, que les cieux esquissent un sourire céruléen, nous serrons nos mains l’une dans l’autre, et nous nous laissons surprendre dans un autre royaume que celui où nos yeux lacrymaux s’embourbent, en tentant de l’atteindre ? Le doute me gagne.
Ah ! Le monde est ainsi fait ! Le monde vous méprise ! Il vous accueille à bras ouvert ! Et dans ses bras un poignard…
Une bougie s'allume
Une bougie s’allume,
Quand la bise l’éteint ;
Quand la bise s’allume,
Une bougie s’éteint.
Ainsi d’un bout du monde,
A l’autre bout du monde,
D’un bout de l’océan,
Aux portes du néant,
Nous naissons pour mourir,
Et vivons pour souffrir ;
Et l’homme bienheureux
Est un homme immortel.
La Mort vous délivre !
La mort, c’est la liberté ! Car il ne peut y avoir de liberté sans la mort. La mort vous délivre du monde. La mort est bénéfique ; elle donne aux hommes ce qu’ils s’acharnent à chercher dans leur vie : la suppression des contraintes, ou le bonheur, mais c’est en vain qu’ils y aspirent. Tandis qu’à vouloir être libre, on en reste contraint, enchaîné à une liberté illusoire, les Hommes n’ont pas encore compris que la liberté ainsi que la mort sont les deux mêmes entités qui règnent sur le monde, dans une osmose plus puissante que la vie ou que l’amour, et qu’en dénigrant l’autre, ils dénigrent la première ; qu’en recherchant la première, ils s’approchent de l’autre.
Recouvrez la vue, mes amis ! Recouvrez-la ! Saisissez mes paroles au-delà des barrières que les mœurs ont fixées ! Allez, libérez-vous ! Vivez, soyez heureux ! Vous qui prêchez la vie, et calomniez la mort ! Nourrissez-vous du pain de la désillusion. Votre monde éphémère, pour toujours condamné, a ses relents amers, et la mort est damnée… Mais pourtant vous savez que la raison me guide ! Vous savez bien pourtant pourquoi l’onde se ride. Vous savez bien pourquoi, vous déprimez toujours : c’est que vous avez cru aux mensonges d’amour !
Saisissez-la la mort, c’est votre délivrance ! Comme ce Dieu d’amour, que vous prêchez sur Terre, vous saurez qu’elle aussi, est miséricordieuse. Si vous la repoussez, elle pardonnera. Elle a un cœur aussi, elle a pitié de vous ! Saisissez-la très fort, étreignez son doux corps !
La vie est l’agonie qui conduit à la mort. Pourquoi souffrir ainsi, d’un si malheureux sort ? Vous pouvez la rejoindre maintenant, pour toujours, n’attendez pas demain, la souffrance des jours !
La mort, vous la brisez, infâmes créatures ! Elle vous tend la main, quand vous la déguisez ! La vie frotte ses mains, en aiguise sa faux, elle qui chaque jour, vous coupe un peu de peau… Résistez ! à sa lame alifère ! Venez plutôt goûter aux libertés qu’aux fers ! Mourez sur-le-champ même, car si vous attendez, vous mourrez bien quand même, et vous n’aurez gagné que d’horribles souffrances… Les larmes sont des morceaux de ciel trop acide, qui descendent vos joues, qui piquent vos bajoues… Résistez !
Vivez, ou mourez ! Agonisez, ou délivrez-vous !
A la Mort
Tu dégueules le monde
Et tu cambres tes reins,
Dans l’onde rubiconde,
Les cieux restent sereins.
Tu vis dans l’illusion
Que t’apporte demain,
Ton âme est allusion
Toujours à l’inhumain.
Ton cœur est une éponge
Que le soleil assèche ;
Tu dépéris et songe :
« D’où me vient cette flèche ? »
Les mots sont sentiments,
Les sentiments sans mots…
Le mistral orpiment,
Le piment de tes maux…
Ce monde qui te presse
Veut te voler tes larmes !
Ce malheur qui t’oppresse
Veut te voler tes armes !
Ton cœur est nécrosé,
Le rouge devient noir,
Ton âme sclérosée
Se colle à l’entonnoir…
Comme un parfum de bière
Qui te colle à la peau,
Rythme du cimetière,
De ton âme, berceau !
A tes lèvres gercées,
La cigarette fume
Des nuages percés
Qui montent, se consument…
Tu as les yeux sanglants,
Tu vas prendre ta dose,
De ceux qu’on dit cinglants
Aux teints de couperose…
Tu vois naître l’enfer
Et se mourir l’oiseau
Dans ta prison de fer
Où casse le roseau.
La fenêtre est ouverte
Et tu prends ton envol,
Tu vois le monde inerte,
Tu te crois rossignol.
Tu rêves « liberté »
De tes bras aliformes ;
Tu saisis la clarté
De tes mains filiformes.
Et tandis que tu tombes
Vers le bitume amer,
Tu montes et surplombes
De ton ombre l’éther.
Tu vois la Mort en face,
Elle n’est pas si laide.
Son sourire est rapace
La main qu’elle tend t’aide.
Elle a les cheveux blonds
Et le teint délicat,
Et ses cris vagabonds
Apaisent tes tracas.
Le monde la méprise !
Cette diffamation
Provoque ta surprise
Et ton exclamation !
Tu la trouves jolie,
Tu l’aimes de plus belle.
Elle a l’œil ravioli
Et des airs de rebelle.
Voilà qu’elle t’aguiche,
Tu tombes sous sa coupe,
Vulgaire est le pastiche,
Mais terrible est sa croupe.
Tu voles un baiser
A sa bouche mutine
Un goût de liberté,
Et d’orgies endocrines !
Les roses de la haine
Je suis la pluie qui mouille,
Je suis le vent qui sèche,
Le passé qui te rouille,
L’avenir qui t’empêche.
Je suis l’ombre qui court,
Une bête des ombres,
Le tourment de tes jours,
De tes jours les plus sombres.
Je suis la véhémence,
Qui te brûle. Tabide !
Je suis la radiance,
Qui t’irradie. Morbide !
Ton cœur est une éponge,
Et je l’assècherai !
L’émoi succède au songe,
Je te l’arracherai !
Je suis l’amour qui t’aime,
Le parfum qui t’entraîne ;
Qui derrière toi sème,
Les roses de la haine !
Lettre ouverte à Alphonse de Lamartine
Lorsque, lisant tes vers, j’en palpe l’harmonie,
Comme on palpe un fruit pour voir s’il est bien mûr :
J’ai goûté ta grandeur, maintenant j’en suis sûr.
Je caresse tes pages sages,
Le parfum qu’exhalent leurs flots,
Le satin qu’offrent tes rivages,
Quand on en atteint les échos ;
La lune y casse ses œufs blancs,
Dans les cieux semblables aux bancs
Sur lesquels on s’assoit le soir,
Lorsque notre cœur, solitaire,
Moribond que tant voudraient taire,
Vient promener son désespoir.
Souvent, devant chez moi, pleure le paysage,
Et je vois, au-dessus, ton céleste visage,
De son teint bienveillant, prier, baigné des vents,
Pour nous, pauvres mortels, et pauvres indigents.
Le suc ambré d’un vin, qu’on goûterait au soir,
Lorsqu’on voit les vallons tremper leur désespoir,
Et que, dans l’onde pure, en toiles oniriques,
Se mêlent aux reflets tes vers mélancoliques ;
Ces soirs où tes raisins, de tant d’années muris,
S’épanchant dans nos cœur, y trouvent leurs abris,
Je brandis tes écrits aux étoiles vaillantes,
Pour qu’on les protégeât des critiques saillantes.
Cynthia a bien souvent, de sa pâle chlorose,
Été seule lumière au jardin de ma rose,
Et pourtant la beauté, comme religion,
S’exalta, par ton luth, en toute passion,
Quand je lus tes pensées, imprégnées dans leurs pages,
Et que leur mélodie modulait les rivages,
Et d’eux tirant la flûte, et cueillant aux fraisiers
Des fruits frais, fredonnait la douceur des baisers.
Ô voile du rêve
J’ai depuis trop longtemps vogué, dans ce frimas,
Saisi de tes frissons je serrais ce bourras
Très fort, contre mon cœur.
J’ai vu trop d’alcyons, perdus sur cette rive,
De tendresse éplorée dans l’onde maladive,
Se mourir en soupirs.
Je ne te retiens plus, rêverie polyandre,
Je ne t’encombre plus de mon poids de Cassandre,
Ni de mes tristes pleurs.
Dès que mon œil sanglant te verra s’éloigner,
Voulant vers ton image advenir se soigner,
Pourra-t-il s’y blottir ?
Oui, j’ai tout délaissé, pour tes appâts de miel,
Je fus prêt à souffrir, à me perdre en ton ciel,
A te livrer ma vie.
Maintenant que les vents soufflent tes artimons,
Que ces mers de Cadix retiennent tes timons,
Laisse-moi m’assoupir.
Dans l’esquisse du temps s’estompe ton image,
Quand la mer lacrymale emporte ton ramage,
A l’aube de l’envie.
Ton mât cythéréen roule vers l’horizon,
Sur ces flots langoureux, qu’enlisent les saisons,
Piégé pour y croupir.
A.T sur le Mensonge
Toujours dans la douceur on voit muer l’horreur ;
Toujours dans nos espoirs on voit le désespoir.
Est-ce que le naïf réconforte le seul
Quand il le rend captif et qu’il coud son linceul ?
Est-ce que le mensonge arbore le velours
Quand il rend l’illusion de donner de l’amour ?
Pourrai-je jamais croire aux miracles soudains
Si se déguise en or tout le froid du dédain ?
Une candide fleur incapable du vrai
Vous peut-elle admirer sans n’être que l’ivraie ?
Pourrai-je croire à l’ange avenant, aux pétales,
Si tous ceux que je voie ne sont que des démons,
Qui dans leur indigence ignorent tout le mal
Qu’ils jettent à ma face en leur indécision ?
N’est-il pas monstrueux de jouer par le mensonge,
De vouloir le bonheur en lui passant la longe ?
Et peut-on recueillir en soi toutes les peines,
Quand soi-même on voudrait être aidé pour les siennes ?
La prière confuse a-t-elle le pouvoir
De calculer le bien chez ce follet du noir ?
Et le trouble lui-seul ne s’empare-t-il pas,
Dans ma désillusion de terribles appâts ?
Ce même trouble hagard n’est-il souvent profus
Quand je fais ma prière, agacé ou confus ?
Et n’est-il pas abjecte en mentant à mon cœur,
D’espérer l’illusion d’en sécher tous les pleurs ?
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